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You saison 2

Il aura fallu attendre plus d’un an pour finalement découvrir la suite des aventures de Joe Goldberg. Pour ceux d’entre nous qui n’avons pas lu les romans de Caroline Kepnes dont la série est une adaptation, nous n’avions aucune idée de la direction que l’histoire allait prendre. A la fin de la saison 1, Joe avait refermé le chapitre « Guinevere Beck ». Il se préparait à reprendre sa vie telle qu’elle était au moment où on avait fait sa connaissance, mais ses plans ont été bouleversés par l’arrivée impromptue d’une figure de son passé. Cette fin nous avait, je pense, tous laissés bouche bée et impatients de connaitre la suite.

Au début de la saison 2, on découvre un Joe, traumatisé par ses récentes expériences, désireux de maintenir l’amour à distance pour sa paix d’esprit et sa survie. Il est en cavale et pour semer l’ennemie, il est venu se cacher dans son propre enfer personnel, la ville où il est considéré cool d’écrire Nirvana à l’envers, où les gens ont tourné la prétention en art, où les gens ne lisent pas et sont tous des stars en devenir: Los Angeles. Joe s’installe dans un appartement dont la propriétaire, une jeune journaliste du nom de Delilah, est en charge de sa super précoce petite sœur qui rêve de devenir réalisatrice, Ellie. Joe se fait maintenant appeler Will, il veut se fondre dans la masse, être invisible. Mais il est déconcentré dans cette tâche par l’amour qui se trouve ironiquement personnifié par une fille parfaite sur tous les points du nom de Love.

Love n’a rien avoir avec Beck. Love est sûre d’elle, bien dans sa peau, vit sa passion. Love lit. Love se soulève contre les injustices, affirme ses désirs. Love est bonne cuisinière et pâtissière. Love est une amie en or, elle se soucie des autres. Elle a aussi des amis intelligents et sympathiques, à l’inverse de Beck et de son groupe d’amis. Love est compréhensive, attentive, passionnée. Love est parfaite. Bien sûr, elle a une histoire familiale triste et compliquée, elle entretient avec son frère, Forty, une relation un peu toxique qui prend beaucoup de place dans sa vie, elle est aussi un peu trop prompte à s’engager et un peu possessive. Mais ce sont là des détails qui la rendent presque plus aimable. Love est tout ce dont Joe rêvait et il veut être un homme bien pour elle. Alors, il se convainc d’avoir changé grâce à elle. Et même si les meurtres continuent, il sait tout au fond de lui que ce n’est pas vraiment de sa faute et que toutes ses actions sont guidées par l’amour et l’envie de bien faire.

J’ai regardé la saison 1 de You en une journée tant j’ai été emportée par l’histoire dès les premières secondes. Avec la saison 2, j’ai eu un peu plus de mal. Les premiers episodes ne m’ont pas semblé très intéressants. C’est peut-être dû au fait que les personnages et l’atmosphere dans lequel ils évoluent sont très différents: les couleurs, les lieux, les conversations. Aussi, les personnages de Forty et de Henderson m’ont paru stéréotypés (Respectivement, le loser et le violeur) et agaçants; celui de Love, trop parfait et presqu’ennuyeux. Et Joe, encore une fois, qui revêtait sa cape de héros, certain de pouvoir régler les problèmes des femmes de son entourage mieux qu’elles ne le peuvent, s’immisçant dans les vies de Delilah et Ellie pour finir par tout compliquer. Les flashbacks de l’enfance de Joe sont d’un certain intérêt, puisque maintenant qu’on connait mieux le personnage, on est naturellement curieux de connaitre les causes de son comportment (à part, bien sûr, les violences de Mooney). Mais il est difficile, au début, de savoir où ils veulent en venir.

Heureusement, à mesure qu’on avance, la saison augmente en intérêt et vers l’épisode 8, je ne pouvais plus décrocher tant il y avait d’actions et de suspense par rapport à la suite. Les derniers episodes, avec leur lot de révélations et de rebondissements, parviennent à sauver la saison. Et mieux encore, ils permettent de voir l’ensemble des épisodes sous un nouveau jour. Love s’avère surprenante, Forty plus complexe qu’il ne l’avait laissé deviner. Vers la fin, il y a aussi cette question, un espoir: « Joe va-t-il enfin sortir de son déni et se voir tel qu’il est? » Le dernier épisode se charge de répondre à cette question et je ne me suis pas autant amusée devant une série en au moins 6 mois. Donc, je recommande absolument cette nouvelle saison. Et si, comme moi, vous avez un peu de mal à accrocher au début, accordez vous juste un peu de temps. Joe réussira à vous embarquer dans sa folie bien assez tôt.

Magdalée Brunache

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4 films d’horreur pour mieux apprécier une bonne nuit de sommeil

J’avoue que cet article s’adresse avant tout à moi. Je ne suis pas insomniaque. Je trouve juste les raisons même les plus ridicules pour dormir le moins possible. À trois semaines de la rentrée, je suis plus fatiguée que jamais. Alors, c’est peut-être l’occasion de penser à la chance que nous avons de pouvoir dormir tranquille. Ce que les personnages dans chacun de ces films rêveraient de pouvoir faire.

#1 Mara

Regardez la bande annonce

Il vous est peut-être déjà arrivé de vivre une telle expérience. Vous êtes éveillé mais pas tout à fait. Vous êtes incapable de bouger ou de prononcer un mot. Vous sentez la panique grandir en vous petit à petit. Vous avez envie de crier mais aucun son ne franchit vos lèvres. Parfois vous sentez comme une pression sur votre poitrine comme si quelqu’un ou quelque chose s’y était assis. Vous voyez des choses.Et vous avez peur. Si peur…

Ce phénomène est connu sous le nom de paralysie du sommeil. C’est le thème sur lequel joue le film Mara.

Mara, réalisé par Clive Tongue, est sorti en 2018. L’histoire est celle d’une criminologue, Kate, qui est appelée sur une scène de crime où une femme semble avoir assassiné son mari. L’affaire semble simple, la femme est jetée en prison mais sa petite fille clame que le meurtre a été commis par Mara, un demon qui hante le sommeil. Kate est une femme rationnelle et elle refuse de croire à une telle histoire jusqu’à ce qu’elle en devienne la proie. Elle ne peut se battre qu’en restant éveillée. Mais combien de temps pourra-t-elle résister?

#2 Les griffes de la nuit

1,2, Freddy te coupera en deux

Ce cher Freddy Krueger se passe de présentation. Nous parlons d’une franchise de 9 films dont un crossover (Freddy contre Jason). Il est quasi impossible que vous ne le connaissiez pas encore, mais si c’est le cas, il est encore temps de corriger cette erreur.

La première apparition de Freddy date de 1984 mais vous n’avez pas à remonter si loin. Un remake réalisé par Samuel Bayer est sorti en 2010. On y retrouve Freddy, toujours aussi effrayant, sinon plus. L’ambiance est glaçante. Chaque apparition de Freddy a de quoi donner la chair de poule. Le concept reste inégalable. Freddy hante le sommeil de jeunes adolescents qui ont tous quelque chose en commun. Les premières morts brutales leur font rapidement comprendre que s’il s’endorment, il est déjà trop tard.

#3 Slumber (Parasomnie)

Regardez la bande annonce

Slumber raconte l’histoire de Nikita (Pardon, Alice), un médecin spécialisé dans le sommeil qui met tout en oeuvre pour venir en aide à une famille en proie à un démon qui se nourrit des cauchemars. Terreur assurée!

Le film explore les parasomnies, troubles du sommeil caractérisés par des comportements inexplicables entre le moment de l’endormissement et celui de l’éveil.

#4 No dormirás (Ne t’endors pas)

Regardez la bande annonce

No dormirás est un film qui vous tient en haleine tout au long. Il se rapproche plus du thriller que du film d’horreur à proprement parler. L’intrigue est intéressante. En 1984, une compagnie de théâtre se réunit dans un hôpital psychiatrique abandonné. Celle qui la dirige a décidé d’experimenter une nouvelle technique de jeu, assez dangereuse. L’idée, c’est que le manque de sommeil permettrait aux acteurs de développer des resources intérieures insoupçonnées. Le personnage principal, Bianca est une jeune actrice qui rêve d’obtenir le rôle principal. Comme les autres, elle tente de resister aux longs jours d’insomnie mais se rend compte peu à peu que de sombres mystères sont attachés à l’endroit et à ses occupants.

Magdalée Brunache

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You (Parfaite)

Coup de coeur série #2

Eh bien! Salut, toi. Qui es tu? D’après ton look, je dirais que tu es…étudiante. Tu portes un chemisier plutôt ample, tu n’es pas là pour te faire reluquer. Le cliquetis de tes bracelets me dit que tu aimes qu’on te remarque un peu. D’accord, ça marche. Tu parcours les livres, rayon littérature, section F à K. Bon alors, t’es pas une jolie fille qui croit s’acheter du charisme avec un Faulkner qu’elle ne finira jamais. Tu as trop bonne mine pour Stephen King. Alors, qui vas tu acheter?
Tu as presque l’air de t’excuser d’être une jeune fille si bien élevée. Et tu me murmures ton premier mot…

Joe Goldberg

Je me souviens avoir commencé à visionner cette série sans attentes particulières. Elle venait tout juste de m’être propose par Netflix. Dès les premières secondes, elle a happé mon attention et j’ai consommé les 10 episodes de la première saison. Dans l’attente de la saison 2 qui est actuellement en cours de production, j’ai eu le temps de la binge-watcher à nouveau sans perdre une miette de mon intérêt pour l’histoire et c’est avec des émotions toutes nouvelles que je découvre le roman de Caroline Kepnes qui nous a offert cette incroyable satire sociétale.

Alors, l’histoire?

Joe Goldberg est responsable d’une librairie où Guinevere Beck, étudiante et aspirante écrivaine s’arrête un jour. Pour Joe, c’est le coup de foudre et il a comme l’impression qu’il n’a pas non plus été indifférent à la demoiselle. Cela avait cependant toutes les chances d’être rélégué au rang d’une rencontre fortuite et sans conséquence mais Joe décide de donner un coup de pouce au destin. La traquant grâce aux réseaux sociaux, quand elle sort, ou au bas de sa fenêtre, Joe découvre vite tout ce qu’il y a à savoir sur Beck ou presque et se fait un devoir de la protéger à tout prix de son entourage nocif.

Toutes les relations ont leurs obstacles à surmonter, non?

Joe Goldberg

Joe

Joe

Je sais que ça ne fait pas cool de dire ça et que ce n’est pas hyper branché mais les livres me passionnent, et je veux que ma vie tourne qu’autour des choses que j’aime vraiment.

Joe Goldberg

Le truc avec Joe Goldberg c’est qu’en surface, il ne correspond pas du tout à l’archétype du gars tordu, de l’harceleur. Il est charmant, a le sens de l’humour et rien dans sa conversation ou actions ne pousserait à actionner la sonnette d’alarme. Si les geek plutôt mignons sont votre type (comme c’est un peu le mien), vous tomberiez amoureuse de lui. C’est un homme intelligent qui a lu plus de livres que l’être humain moyen et répugne à tuer. Son amitié avec le fils de sa voisine concoure aussi à lui donner un côté prévenant et désinteressé. Il aurait pu être un artiste s’il y avait aspiré. On a l’impression tout au long que Joe est cet être sensible avec une vie interieure intense qu’il n’a jamais appris à exprimer de façon saine. Et cela en fait un homme detaché de la société, avec de forces tendances manipulatrices, ce qui le rend dangereux. Il a tant lu et si bien observé le monde autour de lui qu’il pourrait se fondre dans la peau de n’importe qui, jouer sur nos préjugés pour être celui qu’on attend de lui qu’il soit.

Les gens gobent n’importe quoi du moment que ça confirme leur vision du monde.

Pourquoi regarder ”You”?

Cette série avait tout pour me plaire: un bon thriller psychlogique pas trop prévisible, de constantes références littéraire, une aspirante écrivaine pour qui toutes les raisons sont bonnes pour ne pas écrire.

La grande force de cette série et sa particularité c’est qu’elle est racontée du point de vue de l’harceleur (qui n’a absolument pas cette impression de lui-même) s’adressant à la deuxième personne à sa cible. Laquelle ne se cantonne à un rôle de victime pure et fragile, elle a aussi ses tares et ses insécurités. Un peu comme tout le monde, elle manipule, ment et se cherche. La dynamique entre Beck et Joe est très interessante.

Les réseaux sociaux. C’est le prochain grand génocide.

Blythe

« You », c’est aussi une critique de notre dependance aux réseaux sociaux et de notre tendance à en révéler un peu trop en ligne. Cette série touche aussi à la violence familliale et les séquelles du vécu durant l’enfance. Mais sans jamais oublier une certaine dose d’humour dont les justifications abracadabrantes que Joe arrive à trouver à certaines de ses actions.

Alors, pensez à binge-watcher la série sur Netflix et/ou lisez le livre. Je vous assure que cela en vaut la peine.

Magdalée Brunache

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Parlons-en: The Good Place

Coup de cœur série #1

Vous vous rappelez de ces cours de philosophie qui finissaient presque toujours par ressembler au moment où à la garderie, la maîtresse annonçait que c’était l’heure de la sieste? Moi, si. Ça commençait gentiment avec Montesquieu ou Voltaire et jusque là, on pouvait encore se vanter d’être un as de la philosophie. Ça se corsait un peu avec les Hume et les Locke. Et finalement, la seule évocation de Leibniz constituait une raison suffisante pour ne plus pouvoir comprimer ses bâillements. Si comme beaucoup d’entre nous, vous vous êtes perdus quelque part entre le pragmatisme et le particularisme moral (j’ai quand même retenu une ou deux choses), il est encore temps de vous rattraper à votre rythme et avec le sourire grâce à The Good Place.

Je dois avouer que mes professeurs de philosophie étaient les meilleurs que j’eus pu avoir. Ils ont quand même réussi à sauver quelques uns d’entre nous. Mais, apparemment la philosophie, l’éthique en particulier, s’apprend mieux quand les lois trouvent leur application dans la réalité (et s’expriment en termes compréhensibles pour le commun des mortels). C’est un peu ce que propose la série The Good Place, créée par Michael Schur et diffusée sur NBC depuis 2016. (Rassurez vous, c’est aussi disponible sur Netflix). La série en est à sa troisième saison et a été nominée pour 2 Golden globes. Dès la première fois où j’ai lu le synopsis, j’ai été irrésistiblement attirée. Mais je résistais encore jusqu’au moment où bien sûr, j’ai fini par céder. Deux nuits blanches plus tard, j’attendais déjà avec impatience la saison 4 prévue pour cette année.

L’intrigue

Vous arrive-t-il de vous demander si vous êtes ou non une bonne personne? Et sinon, cherchez vous à le devenir? C’est peut-être le cas pour beaucoup d’entre nous mais pas pour l’héroïne de The Good Place, Eleanor (Kristen Bell). Du moins pas avant qu’elle finisse par mourir dans un accident. Elle se réveille alors dans une magnifique salle d’attente. Un homme la reçoit dans son bureau et lui annonce que les bonnes actions qu’elle a réalisées dans sa vie, dont son implication dans des missions humanitaires, lui valent d’être reçue au bon endroit ( un peu comme le paradis). Seulement, il existe bien peu de gens aussi égoïstes qu’Eleanor et elle comprend bien vite qu’il y a erreur sur la personne. Elle décide pourtant de se taire pour ne pas être envoyée au mauvais endroit. Son choix s’avère lourd de conséquences. La présence d’une intruse semble avoir rompu l’équilibre de tout le système et Eleanor doit rapidement trouver une solution si elle veut éviter de se faire démasquer et chasser.

Pourquoi regarder The Good Place?

Il y a d’excellentes raison pour donner une chance à The Good Place. D’abord, c’est une sitcom. De fait, même au milieu des drames et des dilemmes moraux improbables, l’humour n’est jamais bien loin et vous vous retrouverez souvent hilares face aux péripéties auxquelles sont confrontées les personnages principaux. Ces derniers sont d’ailleurs la plus grande force de cette série: Eleanor, la louve solitaire à l’âme de meneuse qui apprend peu à peu à développer le sens de la communauté, Chidi, le professeur d’éthique et son indécision chronique (du genre à réfléchir plus de deux heures avant de pouvoir choisir son petit déjeuner), la pétulante Tahani, ou encore Jason qui est incapable d’aligner plus de deux pensées…les personnages intéressants ne manquent pas et ils supportent parfaitement cette histoire si originale.

L’idée de la série est ambitieuse. Le créateur choisit de parler de sujets aussi importants que la morale ou nos reactions face aux experiences de mort imminente. Mais les thèmes sont abordés de façon intelligente et assez décontractée. Tout au long de la quête d’Eleanor pour devenir une « bonne personne », elle s’immerge dans les principes moraux venant de penseurs anciens ou contemporains, repris par son professeur Chidi avec des mots de tous les jours que l’élève le moins appliqué dans une classe de philosophie serait en mesure de comprendre. Ce qui fait qu’il est possible que vous terminiez cette série en étant un petit peu plus intelligents. Et si ça se trouve, vous pourrez même introduire certains de vos arguments par un imposant « Selon Aristote… ». Sympa, non?

Magdalée Brunache

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Parce qu’il s’agit ici de « La belle amour humaine »

Résumer un roman tel que  « La belle amour humaine » de Lyonel Trouillot reviendrait à tenter l’exercice farfelu de définir la complexité des personnages évoluant dans cette sphère romanesque. Mais comme Thomas l’a si bien dit: « on ne résume pas un humain ». Alors on peut toujours s’embarquer à bord de la voiture de Thomas, pour suivre le trajet de Port-au-Prince à Anse-a-Fôleur, se fondre dans la multitude disparate de la ville, se saouler de tous ses bruits, emprunter la nationale pour atteindre ce lieudit d’Anse-a-Fôleur ou vingt ans plus tôt avait pris naissance un mystère jamais élucidé.

Une nuit, les deux maisons jumelles de l’homme d’affaires Robert Montes et du colonel Pierre André Pierre brulèrent sans que leurs propriétaires ne pussent s’échapper. Était-ce un accident ? Un crime collectif ? Dans ce village côtier du Nord-Ouest, personne n’a rien vu (du moins le soutiennent-ils).Voilà qu’une vingtaine d’années plus tard, la petite fille de Robert Montes débarque. Elle est en quête de réponse, d’une meilleure compréhension de l’inconnu que fut son père. Son nom est Anaïse, un nom doté d’une grande saveur locale. Mais ne vous y fiez pas, c’est une occidentale matérialiste, venue d’une des grandes capitales du monde.

Tout au long du trajet, les mots de Thomas vont emplir l’espace clos de la voiture. Son flux de paroles nous peint Anse-a-Fôleur, ce lieu où chaque habitant souffre de la maladie de la mer, où l’étranger est reçu avec chaleur et bienveillance. Là-bas, quelques familles évoluent dans une fraternité parfaite. Plus que de l’affabilité, c’est leur amitié que ces hommes et ces femmes offrent à l’inspecteur venu de la capitale suite à l’incendie des « belles jumelles » et plus tard à Anaïse. Un accueil qui les pousse, chacun à leur tour à se poser la seule question qui compte réellement : quel usage faut-il faire de sa présence au monde ?…Doit on la porter à étendre sa domination sur les autres comme le firent l’homme d’affaires et le colonel ?ou alors faire le don de son rire, de sa lumière intérieure à ceux qui nous entourent.

Les deux hommes (l’homme d’affaires et le colonel) avaient toujours craché sur ce que l’oncle de Thomas, le peintre Frantz Jacob appelle : La belle amour humaine. Là peut-être réside la cause de leur disparition. À Anse-a-Fôleur, leur absence fut à peine remarquée. Car finalement ce livre est l’histoire de ces villageois soumis aux caprices de la mer, loin des préjugés de toutes sortes dont thomas a souvent fait l’expérience. C’est l’esquisse de ce patelin où chacun s’évertue dans la mesure du possible à être l’aide-bonheur d’une autre personne la plus grande joie étant d’apporter à l’autre un peu de soi-même. Après tout, n’est-ce pas là la meilleure façon de faire acte de présence dans le paysage humain ?

Magdalée Brunache

Publié dans Le National du 23 juillet 2015

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Le sang et la mer 2. Herodiane

Qui n’était pas tenté, après lecture du fascinant roman de Gary Victor : Le sang et la mer, de replonger dans l’univers de son héroïne, la sublime Hérodiane Palus ? L’auteur nous offre cette chance inespérée en accordant une suite à l’histoire d’ Hérodiane. On retrouve ce monde magique ou le réalisme porté par des descriptions puissantes rejoint le merveilleux, où il nous est permis de nous extasier de l’amour d’un dieu pour un simple mortel.

Le sang et la mer 2 est un roman qui plonge encore plus que le précédent dans les profondeurs des mythes haïtiens. Un suspens poignant et un intérêt grandissant pour le mystère qui se tisse page après page tiennent le lecteur en haleine jusqu’ à la fin. Ce roman reprend la narration d’ Herodiane deux ans après le tragique achèvement de sa relation avec Yvan, deux ans après la mort <<supposée>> de son frère Estevèl dont le corps n’avait jamais été retrouvé. On savait déjà à la fin du premier tome qu’ Herodiane s’était installée chez l’amoureux désespéré de son frère, M. Wilson et on avait senti entre elle et Bobby l’esquisse d’un rapprochement. L’auteur survole les dures années de reconstruction mentale d’ Herodiane et sa relation avec Bobby, lequel n’apparait plus que comme un amant-fantôme.

C’est une Herodiane encore en lutte contre ses démons qui se verra jetée dans un tourbillon interrompu d’évènements  à partir du moment où elle se résolut à retrouver la mer, ce point incontournable de sa vie. Au bord de la noyade, elle est sauvée par Jean Aurélien, le sénateur corrompu qui a ruiné sa famille. La haine et une obsédante idée de vengeance s’emparent d’elle. Mais tout à côté se glisse en elle, un sentiment incongru, indésirable : le désir. Attrait de la victime pour son bourreau. De la proie pour son redoutable prédateur.

Nait alors en l’héroïne un puissant conflit. Doit-elle user de sa beauté pour mener à terme sa vengeance ? Ou au contraire devrait-elle s’abandonner aux vagues brûlantes de désir qui l’assaillent ? Des questions qui rythmeront le roman tandis que surgiront à chaque moment devant Hérodiane des raisons de soupçonner que son frère, ayant survécu, était retenu par le dieu Agwe dans son royaume sous-marin. Sa volonté de retrouver Estevèl sera tantôt encouragée, tantôt freinée par les lubies des dieux vaudouesques qui, en tyrans capricieux, utilisent sans vergogne les humains dans leurs sombres jeux.

Le sang et la mer 2 détient tous les ingrédients qui font des écrits de Gary Victor un savoureux ensemble et une délicieuse expérience de lecture. Le merveilleux priorisé par l’auteur donne une dimension irréelle au roman. L’élément politique est présent à travers le personnage du sénateur Jean Aurélien. Par le récit de sa vie, l’auteur dénonce des siècles de rapports entre exploiteurs et exploités, il critique un système qui pousse chaque dominé à tenter l’impossible pour renverser la balance. Et dans cette sinistre lutte de pouvoir, l’idée d’une égalité entre les hommes devient parfaitement utopiste.

Un roman à découvrir, pour prendre part à cette fête de l’imagination et avoir accès à une porte ouverte sur le rêve.

Lire « Stella » et partager la passion de la liberté

Je dois vous avouer, au risque de paraître prétentieuse, que ce qui m’a déterminée à lire « Stella » d’Emeric Bergeaud fut une notice sur la quatrième de couverture qui indiquait que très peu d’intellectuels haïtiens pouvaient se targuer d’avoir lu ce livre. Et oui ! Premier roman haïtien, c’est pourtant, en effet, un texte assez méconnu.

Écrit à une époque où l’auteur, Emeric Bergeaud, se trouvait en exil, ce roman dénote néanmoins un patriotisme fervent, preuve que l’amour de la patrie avait subsisté dans le cœur de l’auteur. Le roman relate sous le couvert de la fiction les grands moments de la Révolution de Saint-Domingue jusqu’à la proclamation de l’Indépendance. Romulus et Rémus personnifient les quatre grands meneurs de la Révolution, à savoir : Rigaud, Toussaint, Dessalines et Pétion.

Au début du roman, ces deux frères et leur mère, l’Africaine, sont soumis à tout ce que l’esclavage a pu comporter de cruautés. Ils supportent néanmoins courageusement la morgue du maître et la dureté de leurs conditions de vie  jusqu’au jour où l’Africaine succombe sous le fouet du colon, soucieux à cause des nouvelles de la Révolution française. Elle se traînera néanmoins jusqu’à sa case (faisant un peu penser à Manuel dans « Gouverneurs de la rosée ») et indiquera à ses
fils la montagne, symbole de liberté. Ainsi naquit chez Romulus et Remus ce sentiment de révolte que leur rencontre avec Stella va attiser.

Dans ce récit allégorique, Stella est la personnification de la liberté. Elle est l’espoir qui anime les esclaves révoltés. Quand les deux frères finissent par s’éloigner des véritables objectifs de la révolution, c’est à ses pieds, qu’ils reviennent implorer le
pardon. Tout au long du parcours menant à la proclamation de l’Indépendance le 1er janvier 1804, elle guidera les insurgés. Elle est la vierge céleste des poèmes  d’Antoine Dupré, l’étoile des nations !

Emeric Bergeaud s’est attaché à rester fidèle à l’histoire, tout en la mêlant étroitement à la fiction, une manière de retenir l’attention de ses lecteurs. Ses personnages principaux sont plus idéaux que réels.

Ce texte que l’auteur confia à l’un de nos premiers historiens, Beaubrun Ardouin, témoigne d’un grand souci de documentation… Il faut lire ce roman, ne serait-ce que pour être traversé par ce souffle de patriotisme, d’engagement, à une époque où l’on répugne souvent à s’engager pour une cause. Pour savourer une littérature haïtienne encore à ses premiers frémissements. « Stella » est un élément important de notre patrimoine littéraire qu’il convient d’apprécier à sa juste valeur.

Magdalée Brunache

Publié dans Le National du 19 juillet 2015

Romain Gary dans « La vie devant soi »

Je pense que pour vivre, il faut s’y prendre très jeune, parce qu’après on perd toute sa valeur et personne ne vous fera de cadeaux.

Momo

Prix Goncourt 1975, « La vie devant soi » est, sans conteste, l’un des
plus beaux romans de Romain Gary. Je n’arrive pas à compter combien de fois,
je l’ai lu et relu. Et, à chaque lecture, je ne peux m’empêcher
d’avoir des larmes aux yeux. Il y a des romans qui font cet effet là
et des personnages qu’on garde en mémoire toute sa vie.
Comme c’est le cas avec le petit Mohammed, héros du roman.

– C’est là que je viens me cacher quand j’ai peur. – – Peur de quoi, Madame Rosa? – – C’est pas nécessaire d’avoir des raisons pour avoir peur, Momo. – Ca, j’ai jamais oublié, parce que c’est la chose la plus vraie que j’aie jamais entendue.

Conversation entre Momo et Madame Rosa

Je ne saurais oublier l’amour de Momo (Mohammed) pour la vieille madame
Rosa. Un amour unique qui va bien au-delà de ce que les mots
infantiles de Momo parviennent à exprimer. Ce petit garçon arabe est
doté d’une extrême sensibilité et d’une grande intelligence. Il
a grandi dans un clandé, sorte de pension pour les enfants de
prostituées, dirigé par Madame Rosa. Ignorant ses origines, Momo n’a au
monde que la vieille dame qu’il voit se détériorer de jour en jour…

« Moi la vie je vais pas lui lécher le cul pour être heureux. »

Momo

Se laissant rarement aller aux pleurs, cet enfant arrive à dissimuler
ses souffrances, sa solitude, sa fragilité sous un masque de fierté et
de bravoure. Il reporte sur la vieille dame le trop plein d’amour de
son cœur d’enfant en mal de tendresse. De toutes ses forces, il va
tenter de défendre Madame Rosa de « tout ce qui ne pardonne pas » dans
la vie. Autour d’elle, va se tisser une chaîne de gens bons et généreux
dont l’aide lui sera inestimable.

… quand je serai grand j’écrirai moi aussi les misérables parce que c’est ce qu’on écrit toujours quand on a quelque chose à dire.

Momo

Dans le milieu où s’est déroulée son enfance, il a fait l’apprentissage
de nombreux modes de vie. Il a côtoyé l’univers de la drogue (dont il a
pu néanmoins se préserver), celui des prostituées et de leurs proxénètes. Il
en sait plus sur la vie que pas mal de gens plus âgés et c’est ce qui,
souvent, le surprend. Une compréhension des choses que les aléas
de l’existence se sont chargés d’affûter. Néanmoins, sous divers
aspects, il demeure un gamin attachant. Un enfant avec le besoin de
faire partie d’une famille, de connaître le bonheur (même s’il feint de
s’en ficher). Car, qu’il soit arabe et fils de prostituée ne justifie pas
qu’on lui refuse sa part de ciel bleu.

Magdalée Brunache

Perdue entre le sang et la mer

J’ai découvert « Le sang et la mer » de Gary Victor il y a un peu plus d’un an. C’est un roman qui m’a tout de suite plu par la pétillance du style mais également pour la trame de l’histoire. Jusqu’à la dernière page, le récit d’Herodiane retint mon intérêt. Comment ne pas être touchée par la naïveté de cette jeune fille ? Par ses peines et ses indécisions ?

Le récit d’Herodiane évolue dans une sorte de temporalité parallèle. Dès le premier instant, on est jeté dans l’univers de ce taudis à « Nan Paradi » où la narratrice se vide de son sang suite à un avortement sous le regard impuissant et courroucé de son frère Estevèl. Il faut donc se repérer. Comment en est-elle arrivée là ? Hérodiane nous révèle elle-même le secret. Tandis que son corps se dessèche et qu’elle s’étonne d’être encore en vie, ses pensées vont errer jusqu’à sa case à Saint-Jean, où elle habitait avec sa famille avant que la mort de ses parents et la cupidité d’un homme politique les jettent, elle et son frère, dans la plus sombre misère. À « Nan Paradi », sa vie va petit à petit s’agencer et finir par se lier à celle d’un riche Mulâtre, Yvan…

On assiste aux dégâts que le racisme d’une seule personne a pu provoquer dans la vie d’une jeune fille. Conditionnée très jeune à mépriser sa propre couleur, elle grandit dans l’attente du prince charmant aux yeux bleus dont Yvan semble être la matérialisation… C’est le choc de deux mondes. La pauvre Noire des bidonvilles et le riche héritier, un cas de figure où la victime s’avère être toujours celle qui se trouve au bas de l’échelle sociale. Surtout qu’Yvan est le type même du bourgeois lâche incapable de s’élever contre le statu quo.

Le sang et la mer met en scène le drame des jeunes filles démunies face à l’appétit sexuel de ceux qui se croient supérieurs du fait de leur fortune et de leur situation sociale. Une nouvelle forme de rapport entre le maître et l’esclave. C’est la peinture de Port-au-Prince rongé par la misère et ployant sous le poids des ordures. Aussi la réalité des mères, comme Madame Dulciné, qui prostituent leurs filles, incrustant dans l’esprit de celles-ci que leurs corps demeurent leur arme la plus redoutable ainsi que leur gagne-pain. La lecture d’un tel roman éveille un sourd sentiment d’injustice et de révolte contre les prédateurs (et ils sont nombreux) qui sucent le sang de ceux-là qui ont eu le malheur de naître pauvres et surtout noirs.

Ce roman, comme de nombreux autres de l’auteur, est traversé par des éléments de la culture vaudouesque haïtienne. Du professeur de maths de l’école de Saint-Jean qui s’enfuit à la capitale en pensant être l’objet d’une « ekspedisyon » jusqu’à Estevèl, protégé d’Agwe, qui a avec la mer un étrange rapport… Le génie de Gary Victor a produit encore une fois un récit captivant, qui implique le lecteur dans les méandres de l’histoire et capable aussi de le remuer jusque dans ses plus profonds retranchements.

Magdalée Brunache

Publié dans Le National du 11 juillet 2015

Le pain quotidien

Titre : Le pain quotidien

Auteur : Henry Poulaille

Date de parution : 1931

Maison d’édition : Librairie Valois

Nombre de pages : 356

Thème(s) : La vie des ouvriers, rapport de voisinage, début d’un enfant dans la vie

Résumé : A Paris, entre 1903 et 1906, un matin M. Magneux a un accident qui lui fracture la colonne vertébrale. Menuisier, il était sur un échafaudage avec deux autres hommes qui sont tous deux morts dans la chute. C’est son fils Loulou qui le voit d’abord arriver soutenu par quelques-uns de ses compagnons de travail. Sous la curiosité envahissante des habitants de l’immeuble, on parvient à le conduire dans sa chambre où il restera immobilisé plus de six mois. On envoie loulou habiter chez une voisine qui lui apprend que le pain est essentiel, c’est ce qui permet de vivre. Entre-temps, Mme Magneux (Hortense), canneuse de chaises n’a pas les moyens de faire vivre sa petite famille, avec sa belle-sœur qui est venue habiter chez eux pour s’occuper du malade. De plus, Hortense est enceinte. Les camarades de Magneux vont cotiser pour les aider, d’autant plus que pour d’absurdes raisons, l’assurance refuse de débourser le moindre centime pour Magneux. Enfin, après des mois d’immobilisation, des mois de remontrances diverses aux bonnes femmes qui s’occupe de lui, Magneux peut enfin reprendre le travail. Mais trop faible encore pour remonter sur les échafaudages, il accepte d’aider à la supervision.

Commentaires : Le pain quotidien, c’est une peinture de la vie des ouvriers avec ses hauts et ses bas, la franche camaraderie avec les copains d’une part, et d’autre part, l’impossibilité quasi constante de joindre les deux bouts. Comme le dit Magneux, ils végètent plus qu’ils vivent. Ainsi dans cette existence par trop difficile où les femmes sont les grandes actrices de l’épargne familiale et seules peut-être dans la famille, elles connaissent l’ampleur des problèmes économiques que les minces salaires des hommes arrivent à peine à couvrir, elles connaissent les dettes, la honte, la difficulté de maintenir un intérieur agréable pour ses hommes qui abrutis de fatigue par leur travail, vont dans les bistrots se saouler la gueule et reviennent le soir, méchants, déchargeant toutes leurs frustrations sur leurs pauvres femmes qui toute la journée se sont démenées pour faire la part des choses.

Le langage argotique dans lequel est principalement écrit le texte ne manque pas non plus d’intérêt.

Il convient de lire ce livre premièrement parce qu’on en apprend beaucoup, c’est une tranche d’histoire. On découvre aussi l’importance des choses. De plus, c’est un livre particulièrement drôle, avec la cocasserie des scènes, l’urbanisme peint d’un trait rigoureux. La Radigond, revêche voisine des Magneux donne du piquant à l’histoire avec sa sévérité, son parler virulent, alliés à un grand sens de la solidarité. Drôle, la Radigond qu’on appelle Nini adore aussi raconter des histoires. L’affrontement permanent entre elle et Magneux vaut le détour. Les gamineries de Loulou et de ses amis sont aussi extrêmement hilarantes.

Magdalée Brunache

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