Lire « Stella » et partager la passion de la liberté

Je dois vous avouer, au risque de paraître prétentieuse, que ce qui m’a déterminée à lire « Stella » d’Emeric Bergeaud fut une notice sur la quatrième de couverture qui indiquait que très peu d’intellectuels haïtiens pouvaient se targuer d’avoir lu ce livre. Et oui ! Premier roman haïtien, c’est pourtant, en effet, un texte assez méconnu.

Écrit à une époque où l’auteur, Emeric Bergeaud, se trouvait en exil, ce roman dénote néanmoins un patriotisme fervent, preuve que l’amour de la patrie avait subsisté dans le cœur de l’auteur. Le roman relate sous le couvert de la fiction les grands moments de la Révolution de Saint-Domingue jusqu’à la proclamation de l’Indépendance. Romulus et Rémus personnifient les quatre grands meneurs de la Révolution, à savoir : Rigaud, Toussaint, Dessalines et Pétion.

Au début du roman, ces deux frères et leur mère, l’Africaine, sont soumis à tout ce que l’esclavage a pu comporter de cruautés. Ils supportent néanmoins courageusement la morgue du maître et la dureté de leurs conditions de vie  jusqu’au jour où l’Africaine succombe sous le fouet du colon, soucieux à cause des nouvelles de la Révolution française. Elle se traînera néanmoins jusqu’à sa case (faisant un peu penser à Manuel dans « Gouverneurs de la rosée ») et indiquera à ses
fils la montagne, symbole de liberté. Ainsi naquit chez Romulus et Remus ce sentiment de révolte que leur rencontre avec Stella va attiser.

Dans ce récit allégorique, Stella est la personnification de la liberté. Elle est l’espoir qui anime les esclaves révoltés. Quand les deux frères finissent par s’éloigner des véritables objectifs de la révolution, c’est à ses pieds, qu’ils reviennent implorer le
pardon. Tout au long du parcours menant à la proclamation de l’Indépendance le 1er janvier 1804, elle guidera les insurgés. Elle est la vierge céleste des poèmes  d’Antoine Dupré, l’étoile des nations !

Emeric Bergeaud s’est attaché à rester fidèle à l’histoire, tout en la mêlant étroitement à la fiction, une manière de retenir l’attention de ses lecteurs. Ses personnages principaux sont plus idéaux que réels.

Ce texte que l’auteur confia à l’un de nos premiers historiens, Beaubrun Ardouin, témoigne d’un grand souci de documentation… Il faut lire ce roman, ne serait-ce que pour être traversé par ce souffle de patriotisme, d’engagement, à une époque où l’on répugne souvent à s’engager pour une cause. Pour savourer une littérature haïtienne encore à ses premiers frémissements. « Stella » est un élément important de notre patrimoine littéraire qu’il convient d’apprécier à sa juste valeur.

Magdalée Brunache

Publié dans Le National du 19 juillet 2015

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