Parlons-en: L’amie prodigieuse (La saga)

J’ai eu la chance de rencontrer une dame charmante il y a quelques années. C’était une féministe, la responsable d’une organisation de femmes. Elle m’a conseillé plusieurs livres et auteurs. Elle m’a surtout offert un exemplaire du premier tome de cette magnifique saga d’Elena Ferrante : L’amie prodigieuse. Je ne connaissais pas encore cette auteure. A l’époque, j’ignorais aussi qu’il me faudrait encore trois autres livres pour arriver au bout de l’histoire de Lenuccia et Lila ni qu’elle parviendrait à me toucher autant. Dans la dédicace, il était simplement écrit que ce livre l’avait marqué et qu’elle espérait qu’il en fut pareil pour moi.

Au milieu des cours, de mes autres lectures et tout le reste, j’avais fini par ne plus penser à ce livre, le déléguant quelque part dans ma bibliothèque personnelle. Je l’ai retrouvé au moment de partir pour mes études. Comme je m’en allais pour Dieu sait combien d’années, plutôt que de laisser mes livres en pâture à la poussière et à l’oubli, j’ai décidé d’en offrir une bonne partie, me disant qu’ils seraient au moins lus et que d’autres les chériraient autant que moi. Mais comme on dit chez moi qu’il ne faut pas offrir un cadeau qu’on a reçu de quelque d’autre, L’amie prodigieuse tome 1, fait partie des quelques livres que j’ai emportés avec moi et l’un des tous premiers que j’ai lus en arrivant à Taiwan. (Point intéressant : mon amie qui est italienne tout comme l’auteure, n’en a jamais entendu parler)

L’histoire d’une amitié

En quatre livres, Elena Ferrante explore la vie de ces deux femmes, Elena et Lina (que tout le monde appelle Lila) qui ont grandi ensemble dans un quartier pauvre de Naples. Pour faire simple, si on est fan de foot, on pourrait dire que le debut de l’histoire de ces deux filles rentrent dans la dialectique Messi/Ronaldo. Lila est brillante, un genre de génie, tout au long du roman, on a l’impression qu’elle pourrait réussir dans n’importe quel domaine où elle choisirait de s’engager. Elena, elle, a découvert très jeune qu’elle était douée pour les études. Pour se sentir au même niveau que Lila puis de la petite amie de Nino ou encore pour faire honneur à ceux qui ont cru en elle, Elena grandit en étant une fille studieuse, consacrant peu de temps à autre chose que ses etudes, lisant les livres qu’on attendait d’elle qu’elle puisse citer, toujours avec cette même insécurité et le sentiment d’avoir quelque chose à prouver.

Toute comparaison s’arrête là parce qu’en vrai, il n’y a rien de vraiment simple dans cette saga. Et il faudrait un article entier consacré à chacun des tomes. L’amitié entre Elena et Lila, dès ses prémices, est complexe voire assez toxique. Elles expriment très peu leurs sentiments réels et on a l’impression qu’elles sont à la fois très proches et étrangères l’une à l’ autre. Au début, Elena semble être fascinée par son amie, sa force de caractère, le feu qu’elle porte en elle et qui rend tellement intenses autant ses haines que ses amours. Mais au fur et au mesure, on se rend compte que chacune représente un peu un idéal pour l’autre et que la fascination et la compétitivité ne se trouve pas d’un seul côté.

A un certain moment, dans le premier tome, Elena a la chance de continuer à aller à l’école mais pas Lila, en dépit de ses capacités. Sa famille, déjà pauvre ne voit pas l’intérêt d’investir dans l’education d’une fille. A partir de là, l’existence des deux amies prend des chemins différents. Elena pourra aller loin dans la vie. Lila semble condamnée à mener une vie identique à celle de sa mère ou de la plupart des autres femmes de leur quartier. Si elle arrive à s’élever au delà de cette condition, à se définir elle-même en dépit de tout, Lila ne le doit qu’à sa nature profonde et à son refus de se conformer.

Ce que cette saga représente pour moi

Elle souffrait et sa douleur me déplaisait. Je l’aimais mieux quand elle était différente de moi, le plus éloignée possible de mes angoisses. Découvrir sa fragilité me mettait mal à l’aise et, par des méandres secrets, ce sentiment se transformait en un besoin de supériorité.

La saga L’amie prodigieuse suit l’histoire de ses héroïnes alors qu’elles font l’experience de l’amour, du deuil, de la trahison et de la violence. On suit comment elles maintiennent une amitié pleine de non-dits, de ressentiments mais aussi marquée par un attachement mutuel, tout au long des péripéties de leurs vies, malgré la distance ou la cohabitation. A travers elles, on découvre aussi Naples sous tous ses contours, les soubresauts politiques de l’Italie d’après-guerre, la mafia ou l’impact de l’émergence du trafic de drogue sur la vie des jeunes, la condition féminine dans une société patriarcale où les femmes sont battues abusées, chosifiées. C’est une histoire où les choses qui font mal sont tues. C’est aussi l’histoire d’un quartier qui n’en finit pas de trépasser.

Cette saga pourrait endosser beaucoup de qualifications: féministe, politique, cruelle, sombre. Pour moi, elle est surtout profondément humaine et m’a d’abord touchée émotionnellement en me ramenant à une amitié qui a beaucoup compté dans ma vie.

Je pense à cette amie qui, le jour où mon premier article est paru dans le journal, a séché les cours, allant écrire dans son coin, pour montrer qu’elle aussi en était capable, qui au fil des années a eu de nombreuses remarques glaçantes à mon égard mais qui était aussi là, à chaque moment, pour me prendre dans ses bras quand ça n’allait pas. On a été amies pendant de longues et parfois difficiles années mais jusqu’à la dernière fois où je l’ai vue, un mois avant mon départ, elle est restée un mystère que je n’ai jamais réussi à élucider. Je ne sais toujours pas quels mots pourraient réellement définir notre amitié ou si elle en était vraiment une. Mais pour ce que j’en sais, personne avant Elena Ferrante n’avait décrit avec une telle justesse les rapports de force qui existent parfois dans une amitié, la fascination que peuvent avoir deux personnes peuvent avoir l’une envers l’autre et surtout comment certaines affections persistent en dehors de toute logique.

La série produite par HBO

Certes, Elena Ferrante, cette auteure mystérieuse dont on ne connait que le pseudonyme a créé une saga à son image. Qu’on lise les livres ou qu’on regarde la touchante adaptation en série qu’en a faite HBO, on reste à la fin avec plus de questions que de réponses et on ne peut que parvenir à nos propres conclusions tirant leur origine dans nos expériences personnelles, ce qui est pour moi la plus importante caractéristique d’un bon livre.

Des deux qui est vraiment l’amie prodigieuse? Qu’en aurait-il été si elles avaient pu profiter des mêmes opportunités? Qu’est ce qui explique l’aversion de Mme Oliveiro pour Lila? Que dire de l’amour qu’elles ont toutes les deux porté à Nino? Ou même quel est le mot qui résumerait au mieux l’amitié entre Elena et Lila? Ne parlons même pas de l’element qui a commencé toute la saga, la disparition épique de Lila. Tant d’interrogations et de points d’attache pour la réflexion.

Il est vrai qu’on ne lit pas tous un roman de la même manière et il peut nous plaire pour différentes raisons ou pour aucune en particulier. Et c’est là toute la beauté de la chose. L’amie prodigieuse est une saga si intrigante qu’il reste sûrement beaucoup à en dire. Si vous ne l’avez pas encore lue, je vous invite à le faire. Si vous en avez eu la chance. Alors parlons-en! La discussion est ouverte en commentaires…

Magdalée Brunache

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2 réflexions au sujet de « Parlons-en: L’amie prodigieuse (La saga) »

  1. Je viens justement de commencer le premier livre de cette saga (en italien puisque je pratique aussi cette langue et donc double le plaisir…). C’est remarquable car pas linéaire ou « téléphoné ». Les amies sont aussi parfois très hostiles, méfiantes, mais l’une tire l’autre pour de bonnes ou mauvaises raisons…

    Aimé par 1 personne

    1. Oui et c’est cette dynamique entre elles qui donne tout son intérêt à la saga. Bonne lecture! J’aurais adoré pouvoir lire ce livre en langue originale. Peut-être, un jour

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