Espoirs avortés-Extraits

« Mais Max ne jouait pas toujours. Quelquefois, il s’installait avec ses amis sur les murs restants de ce qui était jadis l’une des plus belles maisons du quartier. Là, ils parlaient football, femmes, sifflaient les passantes. À l’encontre d’une d’entre elles qui auraient tenté de les ignorer, ils débitaient la liste de tous les hommes du coin qui avaient partagé son lit. Tout le monde à Morfé se connaissait plus ou moins au sens biblique du terme. C’est que là, les corps avaient fini par être mis en commun. Quand un gars gagnait une belle somme à la loterie, il se découvrait brusquement une nuée de petites amies officielles qui ne juraient que par lui et ne le lâchaient qu’après l’avoir vidé du dernier centime. On profitait ainsi allègrement l’un de l’autre. Des hommes, connus pour leurs prouesses sexuelles se faisaient entretenir par des prostituées à la retraite ou des femmes respectables insatisfaites. Les hommes usaient leurs faibles revenus pour s’offrir l’illusion du pouvoir sur les corps de femmes que les vagues de la faim et de la misère avaient fait échouer sous eux. A Morfé les grands concepts comme le féminisme, le communisme n’avaient pas lieu d’être. L’amour non plus. »

Magdalée Brunache

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