À suivre…

Aéroport Toussaint Louverture

Chapitre 1

Il est trop tard. Trop tard pour revenir en arrière, pour reprendre ma vie de ces derniers mois. Je me suis assurée de bien fermer la porte en partant. Justement parce que tôt ou tard mes plus profondes certitudes finissent toujours par s’envoler.  Je me demande s’il existe sur terre quelqu’un de plus indécis que moi, quelqu’un qui traine derrière elle une telle charge de doutes et de regrets. Là, pendant un moment, j’espère voir cet avion s’écraser se perdre au fond de l’océan. Ou alors qu’une trappe s’ouvre et que je m’évanouisse dans les airs. Moi seul. Personne d’autre n’a à payer pour ma stupidité.

Le pilote nous annonce que nous ne sommes pas loin d’atterrir. Mon cœur bat si fort que c’en est presque douloureux. Je ne pense pas qu’un cri, même le plus faible, pourrait s’échapper de ma gorge même si on me poignardait. « Qu’avais-je fait ? » La faute à ces livres, à ces articles sur la découverte de soi, à toutes ces pseudos histoires de gens qui ont réussi là où personne ne les attendait. Une bien terrible défense, je le sais. Mais tout me semble mieux que de reconnaître que je viens de commettre la plus grande erreur de ma vie, toute seule, comme une grande.

-Veuillez attacher votre ceinture

Je m’exécute et me tourne vers la fenêtre. Cette place, c’est le seul bon côté de la situation dans laquelle je me trouve, alors autant en profiter. Je me noie dans la contemplation du monde bleu derrière la vitre. Je m’imagine volant à travers les nuages. Je suis libre. Il sera bien temps de penser aux problèmes plus tard.

Je reste un moment à regarder la foule de gens qui attendent derrière la ligne de sécurité. J’oublie presque que personne ne viendra me chercher. On ne m’attend pas. Ni dans  cet aéroport mal famé ni où que ce soit. Je me sens pareille à quand mon père m’avait raconté mine de rien qu’il n’avait pas voulu de moi, que ma mère, comme l’entêtée qu’elle est, n’a pas voulu l’écouter quand il lui a demandé d’avorter. Je me sens indésirable.

Je sais que ce n’est pas le moment de m’apitoyer. Les heures qui viennent vont être difficiles. Le retour à la réalité me permet de prendre la dimension du brouhaha qui règne autour de moi. « Génial ! » Je me rappelle mon retour après mon premier voyage. J’avais 16 ans. Récupérer les bagages s’était avéré être une vrai bataille. J’étais plus perdue que jamais. Dans la folie du moment, j’ai perdu une de mes valises qu’il a fallu chercher partout sous le regard furieux de mon mentor. J’espère m’épargner ces drames aujourd’hui.

Bagages en main, je suis prête à me diriger vers la sortie. Le stress s’empare de moi. Qu’allais-je donc découvrir là-bas dehors. Je rentrais à la maison, pourtant je ne m’étais jamais sentie si dépaysée et anxieuse.

Il faisait quand même bon d’entendre parler ma langue natale autour de moi, de retrouver cette chaleur particulière à mon pays et l’humour décapant qui m’avait tant manqué. Il faisait bon d’être à la maison, en dépit des circonstances.

Magdalée Brunache

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2 réflexions au sujet de « À suivre… »

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