Les enfants des héros

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Que penser de deux enfants lancés dans une fuite effrénée à travers les rues du
centre-ville ? Un garçon et une fille responsables de la mort de leur père. Ils
fuient l’image de cet homme qui, à deux mètres de leur mère endormie, se noie
dans une mare de sang, la colère de tout un quartier qui ne leur pardonnera
sûrement pas la disparition d’un homme que plus d’un admirait. Leur cavale durera
trois jours, peut-être les plus longs de leur existence.
Telle est l’histoire de ce saisissant roman de Lyonel Trouillot intitulé « Les
enfants des héros ». Colin conte ces jours d’inquiétude, d’incertitude permanente
où, seuls lui et sa sœur, la courageuse Mariela ont fait l’expérience de la
maturité. Livrés à eux-mêmes dans un milieu très peu accueillant, avec une
fortune s’élevant à environ soixante gourdes. Seuls, ils se sont rués vers un futur
incertain. Lui, s’appuyant sur sa force à elle, et elle qui a dû tout simplement
apprendre à vivre face à une mère trop faible et un père qui se venge du monde
pour sa carrière de boxeur manqué, ses rêves de grandeur qui n’ont jamais pris vie
que dans sa folle imagination.
Bien sûr, ils seront nombreux à se poser en experts, à guetter des psychopathes
dans les regards de pauvres enfants dont les vies ont été scandées au rythme des
faiblesses des adultes. Mais les mots de Colin poussent à s’interroger sur la part
de responsabilité de chacun, à remuer les vieilles idées sur le crime et sur tout ce
qui, dès l’abord, paraît répréhensible. Contre ceux-là qui les accusent, la voix de
Colin s’élève pour dire les manques, la mère battue au quotidien, l’école sacrifiée
sur l’autel des désirs de Corazon. Elle dira aussi qu’il n’a jamais été question de
vengeance. Que plus que la crainte des représailles, c’est la culpabilité qui les
pousse vers cet inconnu depuis toujours dissimulé par les murs du quartier.
Colin a donc suivi les conseils de sa sœur, de la peur, de leurs rencontres, de leurs
doutes et même de leurs silences, il a fait une belle histoire. « Les enfants des
héros » est un texte touchant, révoltant par moments, jetant surtout le lecteur
dans une profonde perplexité. Parce que cette voix qui raconte ne cherche pas à
sonder l’incompréhensible, elle se contente de narrer, semblant s’excuser certaines
fois. Comme si le lecteur devenait lui-même juge de leur acte et que la question
déterminante lui était adressée : Coupables ou victimes ?

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