La lettre sous la langue

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Je t’écris pour te dire

que je vis à fleur d’encre
dans une ville de béton armé
On tire lamentablement dans ma rue
Dire est déjà trop dire
le bonheur sous chloroforme

Qui habitera avec nous cet espace mensonger
l’incertitude de ce pays aphone
à force de faire des promesses
à des bonheurs sans complices
à des rêves de plein jour et de plain-pied ?

Déjà l’ellipse
ma main coupée en deux
Il faut trancher
Je suis un homme
qui du rebord piégé de la lune
et du rebond de la lettre
et du piège de l’esprit
appelle la folie
devant la mer en ruine
et puisqu’il te faut un récit court
celui des fous derrière la porte
des lapsus
ou des masques allumés
qui font un bruit de poulie
dans les os
je t’écris pour t’apprendre
que j’ai longtemps parlé avec les poings
serrés
pour ne pas crier avec
l’horizon qui fait naufrage

Georges Castera,Les cinq lettres

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