Gary Victor sur l’escalier des désillusions

« L’escalier de mes désillusions » de Gary Victor
m’a été offert dans le cadre d’un concours de lecture.
Pendant un peu plus d’une semaine, j’ai exploré ce texte
captivant dans tous ses contours. Le narrateur, Carl
Vausier, que j’avais précédemment découvert
dans « Maudite éducation », y relate un autre pan de sa
vie correspondant au séisme du 12 janvier.
Alors que la terre s’anime convulsivement, Carl est dans
l’ignorance de ce qu’il est advenu de son ex-femme
Jézabel et de sa fille Hanna. Dans sa hantise de songer à
la possibilité qu’il ait pu les perdre, il va peu à peu
chercher refuge dans son passé, revisiter des parcelles
d’existences qu’il avait su enfouir dans les replis de sa
mémoire. De l’enterrement de son père à la lente agonie de
son mariage avec Jézabel. Ses pensées vont remonter le
fil des évènements qui l’ont marqué à diverses époques.
Revoir les femmes qui ont peuplé sa vie l’espace d’une
fulgurante étreinte. Mais surtout celles dont il fut
amoureux, telles Cœur Qui Saigne et la froide Jézabel.
Des mots qui révèlent un homme désabusé, dont les
illusions se sont écrasées contre la cruelle réalité,
l’expérience de l’hypocrisie où cette société se trouve
embourbée et qu’elle peine à cacher sous les sourires
feints et les convenances. Mais hypocrite, ne l’est-il pas
un peu, comme chacun de nous ? À travers les lézardes
de sa mémoire, remontent des épisodes, des erreurs de
parcours dont il aurait à rougir fortement s’ils venaient
à être connus. « L’escalier de mes désillusions » est un roman
bouleversant, tant par la force et la sincérité des sentiments
du narrateur que par sa manière de les conter.

À travers lui, s’élèvent de nombreuses voix, celle de
Man Hernande, sa belle-mère qui traîne à sa suite un lourd
et douloureux passé jusqu’à celle d’une prostituée, dans
un quelconque bordel en République dominicaine.
Nombreux de ces récits s’entourent d’un halo de
mystère tenant à la puissance de la culture vaudouesque à
laquelle s’adonnent ou que craignent presque tous les
Haïtiens. Bien que Carl se désigne comme un
moderniste et un homme clairvoyant, l’apparente
franchise de ces narrations s’interpose à son scepticisme,
lui faisant admettre dans le doute la possibilité d’une
vérité transcendant le domaine de la science, une
vérité qui se cherche à la faveur de la nuit, dans les
rapports avec les loas. Assis à côté de Man
Hernande que la douleur a rendue muette, l’inquiétude
pour ses êtres chers ne cessera de le ronger. Le
séisme vient ébranler les fondements de sa vie, jetant
une lumière crue sur ses sentiments profonds. Sortira-
t-il grandi de ce quelque chose qu’apporte souvent un
voyage au fond de soi-même ? À vous de le découvrir.

Magdalée Brunache

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